Les Dirigeants Africains Peuvent-ils Faire Taire les Armes en 2020 Comme Promis? 7 Prérequis Incontournables

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Les Chefs d’État de l’Union africaine se réuniront prochainement pour leur 33eme session ordinaire prévue pour les 9 et 10 février 2020 à Addis-Abeba, en Éthiopie.

Comme d’habitude, ceci est le premier de ma série de réflexions et d’analyses que je partagerai sur ce blog www.assodesire.com  avant et après le Sommet.

Le thème de l’année 2020 est «Faire taire les armes: créer des conditions propices au développement de l’Afrique». J’ai eu l’honneur de contribuer à ce débat depuis 2017 à l’Union africaine sur invitation du Conseil de paix et de sécurité de l’Union comme personne ressource, à plusieurs de ses sessions sur la question.

Dans leur déclaration solennelle du 50e anniversaire de l’Union africaine, les Chefs d’État et de Gouvernement africains se sont engagés «à atteindre l’objectif d’une Afrique sans conflits, à faire de la paix une réalité pour tous nos peuples et à débarrasser le continent des guerres, conflits,  violations des droits de l’homme, des catastrophes humanitaires, et prévenir le génocide ».

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En novembre 2017, le Conseil de paix et de sécurité a adopté une « feuille de route traitant des étapes pratiques pour faire taire les armes à l’horizon 2020 ». La feuille de route a également été approuvée par le Sommet des Chefs d’État. La Feuille de route reconnaît qu’au-delà des efforts politiques et militaires en cours, il y a un besoin urgent d’interventions structurelles dans le domaine du développement socio-économique, pour tenir compte des questions de gouvernance, des jeunes et des femmes, de l’emploi et de l’éducation, du changement climatique et d’autres facteurs pertinents.

Qu’est-ce qui pousse les individus et groupes d’individus  à détenir et faire confiance aux armes?

Aujourd’hui, seulement 1/3 de toutes les armes légères en circulation sont aux mains des forces de sécurité légalement constituées. Les 2/3 sont détenues illégalement par des acteurs non étatiques ou des individus, ce qui est préoccupant car, l’utilisation de ces armes affecte directement et indirectement des centaines de milliers de personnes et compromet gravement nos engagements en faveur du développement durable.

Chaque année, la Commission de l’Union africaine présente un rapport sur l’état de la paix et de la sécurité sur le continent à l’Assemblée des Chefs d’État, et des décisions sont prises en conséquence, mais la paix ne se fait toujours pas voir. Dans de nombreux cas, les gens détiennent, gardent et font confiance aux armes, parce que leurs divers problèmes récurrents restent non résolus par les détenteurs du pouvoir.

Les institutions africaines doivent se comporter différemment

Les détenteurs d’armes illégales sur notre continent ne considèrent pas leurs propres actions comme illégales mais plutôt légitimes contre des problèmes tels que le partage inéquitable des ressources nationales, la confiscation du pouvoir d’État et des ressources d’État par un individu ou un groupe d’individus, des formes modernes de changements anticonstitutionnels de gouvernement qui se manifestent aujourd’hui par des élections frauduleuses ou «cosmétiques» pour se maintenir au pouvoir, souvent avec la bénédiction déguisée  de certaines de nos institutions régionales et continentales à travers l’observation des élections qui ne portent principalement que sur les opérations de vote, et qui sont toujours «déclarées libres et équitables».

Si nous maintenons cette façon de conduire nos affaires, je crains que nous ne revenions ici à la fin de 2020 ou même 2030, seulement pour réaliser que les armes ne sont pas réduites au silence sur notre continent. Cela veut dire que le voyage vers notre Agenda 2063 deviendra plus long que prévu et les promesses contenues dans l’Agenda 2030 ne seront que de beaux rêves. En conséquence, la crise de confiance de nos populations – en particulier les jeunes – envers nos institutions, les instances régionales et continentales, va plutôt augmenter. Les populations affectées et marginalisées continueront bien sûr de ne faire confiance qu’aux armes.

Je dois insister sur le fait que la modification des constitutions nationales aux fins de garantir des mandats présidentiels supplémentaires ou illimités, renforcés par des élections injustes, constitue un réel risque de fragilité qui ne contribuera pas à faire taire les armes en Afrique. Pour que la campagne «Faire taire les armes» atteigne ses objectifs, nous devons faire les choses différemment. Nous devons être plus courageux si nous voulons voir des résultats différents.

Nos institutions continentales et régionales devraient avoir le pouvoir et l’autorité de faire un monitoring objectif de la performance des États membres dans la mise en œuvre de nos valeurs partagées qui sont contenues dans les nombreuses décisions, cadres d’action, traités, etc adoptés . Il devrait y avoir un mécanisme solide de sanction pour violation de nos valeurs partagées. Les sanctions ne doivent pas seulement viser le non-paiement des contributions financières. Je ne vois pas d’autre moyens pour changer l’Afrique et y assurer la paix et la sécurité.

Curieusement, l’Assemblée des Chefs d’Etat de l’Union Africaine dans sa dernière décision prise au Niger en juillet 2019 sur «l’Année pour faire taire les armes» a souligné le lien entre la bonne gouvernance, la paix, la stabilité et le développement et a reconnu que ces concepts sont intimement liés et ne peuvent pas être traités les uns sans les autres.

Ça ne commence pas forcément par les armes

La disponibilité des armes ne crée pas nécessairement des conflits. Mais leur prolifération et leur circulation incontrôlée peuvent entraîner une propagation plus rapide de la violence et amplifier leurs effets dévastateurs. Bien entendu, les pays sont moins sûrs si les armes sont facilement disponibles. Cependant, les conflits en cours en Afrique n’ont pas commencé simplement parce que des armes étaient disponibles. En fait, les armes sont arrivées plus tard dans la plupart des cas parce que les problèmes ne sont pas résolus.

7 Prérequis pour faire taire les armes en Afrique

Voici quelques conditions préalables clés que l’Union africaine, les États membres, les organismes régionaux, les citoyens et leurs groupes ainsi que les partenaires devraient rechercher si nous voulons vraiment faire taire les armes:

1 / La constitution et les lois de tous les États membres de l’Union africaine garantissent tous les droits civils et politiques à tous les citoyens sans discrimination. Cela signifie également que des manifestations pacifiques peuvent avoir lieu chaque fois que les citoyens ne sont pas satisfaits de la conduite des affaires publiques, et sans intimidation ni violence contre les citoyens.

2 / Les systèmes de justice de tous les États membres sont indépendants et exempts de pressions indues de la part de l’exécutif dans leur fonctionnement. Les auteurs de violations des droits de l’homme et les criminels sont effectivement poursuivis quel que soit leur statut social et politique et la réparation des victimes est assurée au niveau national… Si cela se produit constamment, la Cour pénale internationale n’aura plus grand chose à faire…Souvenons-nous que sans justice et sans redevabilité, les gens perdront confiance en tout sauf en les armes.

3 / Les institutions étatiques mettent en place des mécanismes socio-économiques et juridiques pour lutter contre les inégalités, l’extrême pauvreté et la corruption à tous les niveaux. Les flux financiers illicites sont considérablement réduits… De gros investissements sont réalisés à partir des ressources nationales, soutenues par la coopération internationale Sud-Sud et Nord-Sud, pour assurer les services sociaux essentiels, principalement l’éducation, les infrastructures et les soins de santé à tous les citoyens.

4 / Des élections crédibles sont regulierement tenues et gérées par des commissions électorales indépendantes sans aucune ingérence, et les résultats du vote reflètent le véritable choix de la majorité mais, les minorités sont respectées, délibérément protégées et ont la possibilité de participer aux affaires publiques à travers différentes autres institutions et par les lois et les règlements. Cela conduira naturellement à une situation où les élections seront davantage influencées par des programmes politiques et non par des origines ethniques. Les perdants des élections, y compris les anciens Chefs d’État ou les Chefs de l’opposition, sont traités avec dignité, respectés et bénéficient de la protection de l’État, mais ils sont tenus responsables s’ils ont commis de crimes.

5 / Des programmes innovants créent des opportunités d’éducation et de formation diverses et de qualité. Le secteur privé est réglementé, accompagné et encouragé pour créer de nouvelles opportunités d’emploi pour les jeunes. Les institutions publiques garantissent l’égalité des chances aux citoyens, sans discrimination d’être employés et engagés dans les affaires publiques.

6 / Le Traité de l’Union africaine sur la libre circulation des personnes et des biens est ratifié et pleinement mis en œuvre sur tout le continent. Le passeport panafricain ou même une carte d’identité africaine standardisée est délivrée rapidement sur demande aux citoyens. Ainsi, l’interaction entre les peuples de différentes nationalités et régions du continent catalyse d’importantes opportunités d’apprentissage, crée une synergie et stimule notre intégration économique. Les jeunes ne ressentent plus le besoin d’immigrer vers l’extérieur. Aucun décès n’est enregistré en Mer Méditerranée ou dans le désert du Sahara et une bonne partie de la diaspora rentre au bercail pour participer à la reconstruction du continent.

7 / L’Union africaine regagne la confiance de ses citoyens et devient une organisation véritablement axée sur les citoyens, et efficace pour assurer la mise en œuvre de ses décisions par les États membres. L’espace civique est garanti pour que les citoyens et leurs groupes participent à la vie politique. Cela signifie que l’UA a déclaré illégales toutes les lois draconiennes votées, empêchant la société civile d’opérer normalement dans les Etats membres. La liberté d’association est respectée mais les ONG sont redevables pour leurs actions.

Si tous ces prérequis sont observés, les armes seront sûrement réduites au silence en Afrique.

Observez cet endroit!!!

Je partagerai bientôt ma note d’information sur les autres questions clés de l’ordre du jour du Sommet à venir.

Veuillez m’envoyer vos commentaires et suggestions par e-mail à Desire.Assogbavi@assodesire.com ou sur What’sApp / Telegram au +19172160155

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