Perspectives pour l’Afrique en 2017:

English version here : https://assodesire.com/2016/12/27/africa-in-2017-opportunities-and-challenges/

Nous venons d’entrer dans l’Année 2017. Elle se présente à l’Afrique  avec un cortège d’incertitudes mais elle porte aussi en elle des semences d’espoir…

Comme je le fais au début de chaque année  j’aimerais partager ici avec vous des réflexions personnelles sur les défis et opportunités majeurs auxquels notre continent, ses institutions, ses filles et fils pourront faire face en 2017 et bien sûr au-delà.

En 2017 et au cours des années à suivre l’inégalité, les conflits et l’insécurité, la jeunesse et l’emploi, la migration, la démocratie électorale, l’espace civique, la libre circulation des personnes,  la chine, la nouvelle politique américaine etc. seront des sujets qui occuperont le débat politique et la vie quotidienne des Africains. L’Afrique attendra beaucoup des promesses faites par l’Union Africaine avec son nouveau leadership et une structure améliorée mais les communautés économiques régionales auront de plus en plus de responsabilités dans la gestion des crises liées à la gouvernance démocratique et aux conflits. La Banque Africaine de Développent avec sa nouvelle équipe dirigeante pleine de dynamisme a un rôle de taille à jouer   dans  notre espace économique et principalement en ce qui concerne la jeunesse et l’emploi. Dans les lignes qui suivent je toucherai quelques-uns de ses sujets.

Croissance Economique,  Inégalité et Pauvreté

Le taux de croissance moyen du continent continuera de dégringoler jusqu’en dessous de 2%, son niveau le plus bas depuis 20 ans  principalement à cause de la chute du prix du pétrole des matières premières et des difficultés des principales économies du continent (Nigeria, Afrique du Sud) mais certain pays maintiendront un bon record, un taux toujours élevé  pour diverses raisons (Rwanda, Ethiopie, Tanzanie, Cote d’Ivoire, Sénégal) selon de récentes estimations. La croissance économique n’ayant pas d’impact automatique et immédiat sur la réduction de la pauvreté, le problème le plus important pour nous est d’assurer que les produits de la croissance sont repartis de façon juste et qu’ils ne servent surtout plus à creuser davantage  l’écart entre riches et pauvres, sachant que ceci est une  source importante de conflits.

L’Afrique a maintenant de bonnes raisons pour investir dans l’agriculture, encourager et soutenir la productivité, introduire la modernisation dans le secteur et bien sûr, augmenter l’espace cultivable. Ceci aura le triple avantage de subvenir aux besoins alimentaires de nos populations, de créer de l’emploi et de diversifier notre économie pour ainsi réduire la pauvreté. Ceci aura aussi l’avantage de  promouvoir les échanges entre pays Africains.

L’Année Africaine de la Jeunesse

L’Union Africaine a décrété l’année 2017 comme celle de la jeunesse. Les deux Sommets des Chefs d’état en Janvier et en Juillet ainsi que d’autres grand rendez-vous continentaux y seront donc consacrés. Il est évident que les préoccupations majeures seront l’emploi, la migration et la formation. Il importe que les différents acteurs du continent et leurs partenaires d’ailleurs s’accordent à donner  à la jeunesse le coup de pouce dont elle a besoin ici et maintenant pour son insertion et son émancipation.  Le Forum Africain pour le Développement qu’organisera cette année la Commission Economique des Nations Unies pour l’Afrique  se penchera essentiellement sur la question de migration avec une perspective Africaine. La Chancelière Allemande Angela Merkel  a aussi promis d’en faire une priorité au cours du prochain sommet du G20. Elle évoque même un « Plan Marshal » pour l’Afrique en vue de booster l’investissement et créer de l’emploi. Je n’aime pas personnellement l’idée d’un «plan Marshal» pour l’Afrique. Si nos partenaires occidentaux peuvent nous aider à mettre un terme aux 60 milliards  de dollars de flux financiers illicites qui sortent de l’Afrique chaque année – un montant systématiquement volé par des multinationales en complicité avec nos propres dirigeants – cela nous suffirait.  A Addis Abéba fin Janvier, l’Union Africaine se penchera certainement sur un plan d’action à court et moyen termes pour mieux « exploiter le dividende démographique de l’Afrique en investissant dans la jeunesse ».

Reste à savoir si la volonté politique et les moyens financiers seront au rendez-vous pour mettre en œuvre un éventuel plan. En tout cas, il faut vite faire pour éviter que cette tranche importante de nos populations, vulnérable, ne tombent d’avantage dans la tentation de la radicalisation et de l’extrémisme comme c’est déjà le cas à  certains endroits du continent.

Notre jeunesse est l’espoir du continent. Elle doit être entretenue avec minutie pour contribuer à relever le défi du développement  durable.

La Libre Circulation des Personnes en Afrique : Un Préalable  Incontournable

Tout plan en faveur de la jeunesse Africaine doit inclure la libre circulation des personnes sur le continent comme un préalable. Le processus en cours à l’Union Africaine doit être accéléré au maximum afin de permettre l’échange d’expérience entre les jeunes du continent.  En attendant l’élaboration et l’adoption du traité de libre circulation pourquoi ne pas  prendre une décision panafricaine et immédiate d’annulation de visas pour court séjour, ou du moins d’obtention de visas à l’arrivée? Quelques pays Africains l’on fait récemment.

Droits de l’Homme, Gouvernance et  Démocratie Electorale : Chantier Inachevé

Décrétée comme Année des droits de l’homme par l’Union Africaine, 2016  a plutôt été l’année ou les droits et libertés publiques, l’espace civique et démocratique, la justice, la protection des civiles etc. ont malheureusement et systématiquement reculé sur notre continent sous le silence presque total des institutions régionales et continentales. En Gambie par exemple un jeune activiste a été torturé à mort par la police en 2016 et de nombreux opposant politiques arrêtés et incarcérés sans procès…

L’Afrique doit trouver un moyen pour sortir du cercle vicieux des conflits liés à la crédibilité des consultations électorales et  à l’alternance politique au pouvoir. Sans cela, notre continent continuera sa décente progressive aux enfers sapant ainsi toute perspective de développement économique.  Les pays à observer en 2017 sont entre autres la Gambie, la RDC, le Cameroun, le Liberia, le Kenya, le Rwanda, l’Angola, la Libye,  la Sierra Leone, le Zimbabwe… Les pays ou le hold-up électoral a été déjà consommé ne sont pas à l’abri de soucis (Gabon, Congo, Uganda, Guinée Equatoriale etc).  L’alternance au pouvoir fait partie du jeu démocratique surtout quand les institutions sont encore faibles et que le système électoral est  vulnérable.  Nous devons avoir le courage de parler de la limitation des mandats tôt ou tard. C’est le seul moyen de se débarrasser des assoiffés de pouvoir qui s’accrochent. Pour l’instant les bons élèves sont encore peu dans ce domaine : Ghana, Sénégal, Botswana, Burkina Faso, Afrique du Sud…

Par ailleurs, l’année 2016 nous a montré en Ethiopie que l’idéologie de l’Etat développementaliste ne suffit pas   à elle seule pour garantir la paix et la stabilité, gages du développent durable. Il faut une  dose plus importante de démocratie multipartiste et plus de libertés publiques.

L’espace citoyen en danger: L’Union Africaine place les citoyens du continent au centre de son programme de développement : l’Agenda 2063. Un catalyseur essentiel de ce programme est le droit des citoyens de s’organiser, et leur capacité à agir contre la pauvreté, les inégalités et l’injustice. En fait, l’UA a proclamé 2016 comme « Année des droits de l’homme ». Pourtant, à travers le continent, il se dégage une tendance alarmante et croissante de restriction des droits fondamentaux de réunion, d’association et de liberté d’expression des citoyens. L’UA elle-même met en cause son engagement à la contribution des citoyens en limitant formellement la participation des organisations de la société civile à un de ses deux sommets biannuelles. En plus un certain nombre de gouvernements sont en train de (mal) utiliser les lois pour limiter la création d’organisations légitimes, restreindre leurs activités et contrôler leurs sources de financement. Depuis 2012, au moins 29 lois restrictives ont été adoptées en Afrique. Ce qui est sûr est que dans les années à venir le mouvement citoyen va plutôt se consolider et se renforcer  en Afrique peu importe les restrictions, ce qui comporte et sérieux risque de bras de fer et de conflit entre pouvoir et citoyens. Nos institutions régionales et l’Union Africaines doivent tabler ce problème pour discussion le plus tôt possible. Elles doivent par exemple envisager une étude sur les lois restrictives en Afrique et un moratoire  pour les arrêter.  (Voir le blog que j’ai récemment publié conjointement avec un collègue sur la question ici : http://oxfamblogs.org/fp2p/why-is-africas-civil-society-under-siege/#.WFJTocPTjhI.twitter).

L’Union Africaine un Nouveau Départ ?

Si tout va bien comme prévu, le leadership actuel de la Commission de l’Union Africaine sera renouvelé. La Présidente, la Sud-Africaine Dlami-Zuma, le Vice-président le Kényan Erastus Mwencha  et la plus part des commissaires devraient  remettre leur tablier à de nouveaux élus fin Janvier pour 4 ou 8 ans. Des 5 candidats en lis, le poste de Président de la Commission se jouera essentiellement entre le Sénégalais Abdoulaye Bathily, ancien Représentant des Nations Unies en Afrique centrale, le Tchadien Moussa Faki Mahamat, ancien Premier Ministre et Ministre des Affaires étrangères et la Kenyane Amina Mohamed, Ministre des Affaires Étrangères.

En plus Le Président Guinéen Alpha Condé  est en passe d’être désigné  Président en exercice de l’UA pour 2017 en remplacement du Tchadien Idriss Deby.

Le projet le plus important et le plus attendu est la réforme en profondeur de l’Union Africaine  confiée au Président Rwandais Paul Kagame par ses pairs. Il devra présenter les grandes lignes de cette réforme lors du Sommet de Janvier à Addis Abéba.  La réforme devra tenir compte de la question épineuse de la dépendance financière de l’Union déjà amorcée par son compatriote, l’ancien patron de la BAD Donald Kaberuka.

Valeurs Partagées : S’il est clair   que l’Union Africaine dans sa structure actuelle n’est pas adaptée pour mettre en œuvre l’ambitieux Agenda 2063, il nous est aussi certain que le changement structurel de l’Union et de ses organes ne suffira pas à lui seul pour  faire avancer les choses. L’Union Africaine a besoin d’un changement profond et courageux dans sa façon de fonctionner en termes de respect de ses propres principes fondamentaux et de ses « valeurs partagées ». Il faut à l’Union  un mécanisme sérieux de « redevabilité » par rapport à ses principes et valeurs.  Il lui faut une Commission forte et dotée de pouvoirs réels pour « contraindre » les états membres à respecter et mettre en œuvre leurs propres décisions.

En matière d’élections par exemple, l’Union Africaine doit avoir la prérogative et la capacité  de relever, dénoncer et faire cesser les manquements graves aux standards et  fraudes électoraux.  Si non,  ce n’est pas la peine que l’Union continue d’observer les élections. Ce ne sera rien que du gaspillage. C’est un peu gênant de voir que les élections en Ouganda, au Congo, au Gabon en Guinée équatoriale etc. aient été qualifiées de justes, équitables, transparent et démocratiques sans autres formes de procès…

Paix et Sécurité :

La Paix et la Sécurité demeurent les conditions sine qua non pour le développement et le progrès de notre continent et le bien-être de nos populations. L’Afrique n’a pas progressé assez dans ce domaine au cours des dernières années. Dans beaucoup de cas comme au Burundi et au Soudan du Sud nos institutions n’ont  pas tenus comptes des signes avant-coureurs et  alertes précoces qui  pourtant étaient assez visibles. En réalité ce dont nos institutions régionales ont besoin est le courage et la volonté politique de couper avec les anciennes méthodes. Par exemple la Commission de l’Union Africaine et plus précisément son leadership doit devoir et pouvoir crier haut et fort toutes les fois que nos valeurs partagées sont en train d’être violées  par les leaders nationaux. C’est pourquoi nous avons besoin d’un leader fort et audible à la tête de la Commission.  En 2017  l’Union Africaine  doit encore gérer le chaos au Burundi et au Soudan du Sud. Le risque de nettoyage ethnique dans ces deux pays doit être absolument pris au sérieux.  L’UA doit consolider le progrès en Somalie et en République Centrafricaine, et accompagner le processus politique et sécuritaire, redoubler de vigilance au Mali (même si l’ONU est techniquement en charge),  soutenir le dialogue politique amorcé par l’Eglise Catholique en RDC et ses avancées encourageantes mais demeurer ferme sur le respect des principes démocratiques les droits de l’homme, l’Etat de droit et la justice.  Le chantier inachevé du Darfour  ne doit pas être négligé et le Soudan entier doit être sous sérieuse observation.

Faire Taire les Armes à l’horizon 2020 : Au-delà du Slogan: L’objectif demeure malheureusement un slogan sans action sérieuse pour le réaliser.  Soyons clair : on ne peut pas taire les armes si on laisse les dictateurs terroriser et martyriser leurs populations à gré et en toute impunité  en violation flagrante des principes démocratiques des droits de l’homme et des valeurs partagées adoptées par l’Union, et de plus, s’accrocher au pouvoir à vie ! On ne peut pas taire les armes si on ferme les yeux sur les massacres des populations civiles pour des raisons politiques. On ne peut pas taire les armes si on promeut l’impunité des chefs d’Etat sans considération de la gravité des crimes dans lesquels ils sont  impliqués contre leurs populations.  On ne peut pas taire les armes si les votes des citoyens sont systématiquement volés, les leaders de l’opposition politique harcelés et mis en prison. Par-dessus tout, les ambitieux  projets de développement du continent ne peuvent se concrétiser que si  la paix et la sécurité sont au rendez-vous.

L’Union doit mettre une plus grande pression sur les acteurs Sud Soudanais, Burundais, Congolais etc et s’assurer que les autres pays fragiles et à  risque rentrent dans le jeu démocratique.

Avec ou sans le Maroc ?

Fin Janvier, nous saurons si le Maroc fera sa rentrée historique dans l’Union Africaine et dans quelles conditions ? Toutes les formalités procédurales ont été déjà accomplies. Le Sommet des Chefs d’Etat pourra donc prendre une décision là-dessus. Le Maroc devra donc souscrire à tous les principes fondamentaux de l’Union y compris le droit des peuples à l’auto-détermination et accepter de cohabiter avec la République Sahraoui Démocratique en tant qu’Etat membre de l’Union. Logiquement le retour du Maroc dans l’organisation continental est une reconnaissance tacite du Sahara Occidental par celui-ci. C’est juste une simple logique si on se souvient de la raison pour laquelle le Maroc a claqué la porte en 1984.  J’espère que l’adhésion du Maroc à l’Union  Afrique créera une opportunité de régler l’épineuse question du Sahara Occidental, considéré comme la dernière colonie en Afrique à libérer. Les Etats membres de l’Union, surtout les « amis » du Maroc (au moins 28 sont connus) doivent veiller à ce que le retour du Maroc contribue à consolider l’Union plutôt qu’à la diviser ou à  la faire voler en éclat. (Voir mon blog sur cette question ici : https://assodesire.com/2016/10/02/le-retour-du-maroc-a-lunion-africaine-une-opportunite-ou-un-challenge/ )

La Chine, L’Amérique et les Autres

L’Afrique a tout à gagner en continuant la diversification de ses partenaires économiques. L’entrée en jeux spectaculaire de la Chine et des autres nouveaux partenaires a ouvertement changé les rapports de force avec les partenaires traditionnels et réorienté l’économie africaine.  Mais nous devons garder les yeux grandement ouverts…  Nos partenariats (anciens comme nouveaux) doivent contribuer à la realisation de nos agendas 2030 et 2063 et nous devons veiller à ce que les standards sociaux, des droits de l’homme et d’équité soient absolument respectés dans la poursuite de ces partenariats. Les acteurs non-étatiques ont un rôle majeur de veilleur à jouer ici.

Avec Donald Trump au pouvoir aux Etats-Unis, il est peu probable que l’Afrique figure au rang des priorités de « l’Oncle Sam », ce qui donnera libre cours à la Chine et aux autres de mieux se positionner en Afrique : avantage ou challenge ? Seul l’avenir nous le dira.

Calendrier – Quelques Grands Rendez-Vous

13-14 Janvier : Sommet Afrique-France : Thème: Partenariat, Paix et Emergence –  Bamako, Mali.

23-31  Janvier : 28th Sommet de l’Union Africaine –  Thème : Jeunesse – Addis Abéba, Ethiopie

23-28 Mars : Conférence Continentale des Experts et Ministres Africains des Finances, du Développent de la Planification et de l’intégration  – Dakar, Sénégal

3-5 Mai : Forum Economique Mondial pour l’Afrique, Thème : Croissance Inclusive – Durban Afrique du Sud

Fin Juin : Sommet de l’Union Africaine, Thème : Jeunesse

Date à déterminer : Forum pour le Développent de l’Afrique, Thème : Migration, UNECA, Addis Abéba.

 

 

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